Design en barre #5

Pour ce dernier épisode de notre série design en barre (#tristesse), on embarque vers le futur de l’alimentation ! On déchausse nos lunettes de critiques, ce mois-ci on dit « mais oui ! pourquoi pas ? » à deux projets innovants qui vous feront oublier tout ce que vous savez sur… les pâtes et les saucisses ! On vous fait redécouvrir ces deux symboles de notre alimentation, travaillés non plus comme de simples aliments mais comme des objets : utilité, esthétique, durée de vie, mode de production, tous ces paramètres sont pris en compte !

The sausage of the future – Carolien Niebling – 2017

Pour la designer hollandaise, la saucisse est un des premiers aliments a avoir été « designé » : sa composition et sa structure sont pensées (contrairement à un steak). Présente dans de nombreuses cultures culinaires sous des formes et des textures différentes, elle a comme avantages d’utiliser les bas morceaux de viande et de pouvoir se garder longtemps (on pense à la saucisse sèche par exemple). Historiquement, elle a donc été l’aliment parfait des longs voyages.

En revisitant cet archétype de la nourriture qu’est la saucisse, Carolien Niebling veut proposer une solution à la nécessité de réduire notre consommation de viande. Elle prône une transition alimentaire douce, créative et gustative. Après trois ans passés à travailler avec un maître boucher et un chef spécialisé en gastronomie moléculaire sur ces saucisses du futur, une vingtaine de modèles de nouvelles saucisses sont nés. Leurs recettes sont regroupées dans un livre dont l’esthétique pop met en scène ces aliments comme des objets.

La composition de chaque saucisse est étudiée pour offrir une texture et une saveur appétissante ainsi que des ingrédients choisis pour leurs intérêts nutritionnels et écologiques. Voici un petit aperçu de la composition d’une tranche de la mortadelle du futur : viande de porc, brocoli, carotte, gras de porc, eau, pistaches. En mixant les ingrédients originaux présents dans la mortadelle avec des légumes, cette nouvelle version contient 20% de moins de viande que la recette classique. Parmi tous les modèles de saucisses que la designer a mis au point, on retrouve aussi un fake-salami 100% végétarien (mûres, myrtilles et framboises fraiches, fruits séchés, farine de noisette et d’amande) ou encore un pâté à base d’insectes (jus de carotte, farine de noix de pécan, farine de vers de farine, câpres, piment, épices). Ce panel de nouvelles saucisses explore donc diverses sources de protéines (animaux dont insectes, oléagineux, légumineuses) et donne une place plus importante aux fruits et légumes. 

Ce qui est intéressant dans l’approche de la designer est la volonté de ne pas s’éloigner des codes esthétiques et culturels des recettes de saucisses qui l’ont inspiré. Elle aurait pu au contraire s’en démarquer et proposer une version de cet aliment qui ne ressemble plus du tout à ce qu’on connait, jouer la carte du futurisme. Mais ne pas les avoir dénaturé est la force de sa proposition car l’aliment reste identifiable et participe alors à instaurer une meilleure acceptation du projet par le public. En effet, d’un point de vue culturel, l’adoption d’une alimentation durable est plus facile si les nouvelles habitudes alimentaires ne s’éloignent pas trop de celles actuelles.

Depuis la publication de son travail, plusieurs bouchers dans le monde se sont emparés de ces saucisses du futur et les proposent à la vente. De son côté, Carolien Niebling a remporté plusieurs prix dont le Grand Prix Design Parade de Hyères en 2017.

Transformative Appetite – MIT Tangible Media Group (2017)

Des pâtes qui changent de forme une fois plongées dans l’eau ? C’est le projet développé par des chercheurs du Massachusetts Institute of Technology (MIT). Alors qu’on pensait que la « pasta » ne pouvait plus être réinventée, voilà qu’on nous propose de la faire passer de la 2D à la 3D en un coup d’eau. L’intérêt majeur de ce projet ? Le packaging. Imaginez un paquet classique de macaronis. La forme en trois dimensions de l’aliment fait perdre de l’espace de stockage (pour ce style de pâte, environ 67% du volume d’un paquet est en fait de l’air, selon les calculs des chercheurs). Alors que si le même aliment était plat, on pourrait en mettre une plus grande quantité dans un même paquet. Ainsi, le volume de matériau nécessaire au packaging est réduit, tout comme les coûts d’expédition.

Seulement, bien que la pertinence de la proposition du « flat-packaging » soit réelle d’un point de vue écologique et économique, ce serait tout de même assez triste de ne manger que de la nourriture plate. Les tagliatelles c’est sympa, mais les fusillis aussi !

C’est là que la démarche de design intervient. Comment concilier cette possibilité de réduire les emballages avec le plaisir de manger des aliments aux formes variées ? Les chercheurs du MIT ont travaillé directement sur la composition alimentaire pour élaborer ce nouveau produit. C’est grâce à un mélange de gélatine (aucune précision si il s’agit de gélatine végétale ou animale) et d’amidon que la transformation de la deux à la troisième dimension est possible, car la gélatine se dilate naturellement lorsqu’elle entre en contact avec l’eau. Les formes que peut prendre cet aliment une fois trempé dans l’eau ne sont pas laissées au hasard. Elles ont été élaborées grâce à des logiciels de modélisation 3D, des tests de résistance, d’élasticité, etc. Pour créer différents modèles de pâtes, la forme à plat et la densité sont travaillées puis des bandes de cellulose comestibles sont ajoutées afin de contraindre la matière. On peut ainsi constater une vingtaine de déclinaisons de formes créées par ce procédé, mais les possibilités sont bien plus nombreuses !

Après avoir été conçu dans un laboratoire de recherche, direction les cuisines où un chef a imaginé les possibilités culinaires de cet aliment en l’intégrant dans des recettes. Comme les pâtes que nous connaissons tous, c’est un aliment au goût plutôt neutre qui se marrie avec des saveurs variées : poulpe, champignon, tomate, céleri sont quelques aliments qu’on retrouve dans les plats créés spécialement par le chef. 

On espère simplement que cette prouesse ne se fait pas au détriment des qualités nutritionnelles et gustatives du produit. Ce procédé est innovant et offre de nouveaux horizons pour l’industrie agroalimentaire et la créativité culinaire, mais au vu de la complexification d’un aliment à la base si simple (composé de farine et d’eau ), on est curieux de voir si cette technologie a un réel avenir !

Design en barre #4

Des inventions pour lutter contre le gaspillage !
Ce mois-ci dans Design en barre, on vous fait découvrir trois innovations qui vous feront changer de regard sur vos épluchures de légumes ou la bière que vous allez boire ce weekend (oui oui on y pense déjà). Et oui, on parle bien du gaspillage alimentaire ! Produire de la nourriture génère de nombreux déchets, de l’étape de production à la consommation. Mais avec un peu de jugeote, de créativité et de technique, de nombreux projets destinés à réduire le gaspillage se concrétisent ! Pour avoir une idée de la diversité  de ce qu’on appelle le « sustainable design », voici trois projets aux finalités matérielles variées : packaging, colorants et luminaire.

Peel saver

🥔Peel saver – Simone Caronni, Paolo Stefano Gentile and Pietro Gaeli – 2018
C’est en réalisant la quantité faramineuse de déchets de pommes de terre que produisent les entreprises de transformation de cet aliment que les trois designers ont tenté de réemployer ce déchet. Leur but était de créer un matériau qui pourrait remplacer les emballages à usage unique en papier plastifié, notamment très utilisés dans le domaine de la street food. Cet emballage est donc intégralement constitué d’épluchures de pommes de terre, un mélange d’amidon et de fibres qui suffit à créer un matériau solide et biodégradable : après macération et séchage des pelures de pommes de terre, la substance qui en résulte est étalée dans un moule circulaire puis mise en forme.

Notre regard
On aime le trait d’humour des trois designers qui, pour leur premier emballage, on fabriqué un cornet à frite. Le contenant contient son contenu ! (on vous laisse 1 min de réflexion… ). Ce clin d’oeil n’est pas anodin puisqu’il interroge le mangeur sur le gaspillage alimentaire à travers l’aliment même qu’il est en train de déguster.
Cependant, on aurait voulu en savoir plus sur les critères techniques du matériau : sa résistance à l’humidité, à la lumière, au temps, etc. On aurait aussi aimé constater une expérience de mise en situation dans le contexte souhaité (la street food) et un retour de la part d’utilisateurs, en partie parce que bien qu’ingénieux, ce packaging à l’aspect original peut ne pas paraître très appétissant. 

👉https://www.behance.net/gallery/69674825/Peel-Saver-ecological-fries-packaging

🍋Kaiku – Nicole Stjernswärd – 2019
Kaiku est un système de transformation de plantes en pigments. Historiquement, les pigments étaient tirés de plantes et de minéraux, mais l’industrialisation a délaissé ces procédés pour des pigments pétrochimiques peu chers. En conséquence, les dommages sur l’environnement (notamment la pollution des eaux) et la santé humaine sont lourds.
Pour participer au changement de ce paradigme, la designer a eu l’ambition de créer un procédé de fabrication de pigments naturels qui utilise les déchets alimentaires comme une ressource (voir la vidéo ici). Dans la phase de production, de transformation et de distribution, de nombreux fruits et légumes sont gaspillés : mauvais calibres, problèmes de conservation, etc. Avec Kaiku, betteraves, grenades, avocats, citrons et oignons et autres aliments peuvent alors être récupérés et transformés en pigments.

Notre regard
On aime que les recherches de Nicole Stjernswärd  mènent à des domaines d’applications concrets qui permettent de se rendre compte des possibilités offertes par ce procédé de fabrication. Elle a en effet travaillé avec des peintres et des designers textiles pour tester l’utilisation des pigments à des fins diverses. Ainsi, elle a réussi à les intégrer à de la tempera à l’oeuf (une technique de peinture), en aquarelle et avec de l’encre, mais aussi dans des matériaux pour les colorer: dans des bioplastiques à base d’agar-agar, du tissu, du papier, du plâtre et du placage de bois.
On trouverait intéressant de rendre ce travail encore plus tangible en le soumettant à des critères économiques et de production industrielle. On aimerait savoir par exemple quelle quantité de pigments peut-on extraire d’un kilo de betterave, et quelle quantité est ensuite nécessaire à la coloration d’un mètre de tissu, et finalement avoir une idée du prix d’un vêtement issu de cette fabrication.

👉https://kaiku.bio/

🍺Senilia lamp – High Society studio
À première vue on ne devinerait pas, mais le corps de cette lampe est fabriqué à partir de déchets issus de brasseries et d’industries de café. Les écorces de café et les déchets de houblon et d’orge sont transformés en poudre, elles-mêmes mélangées à un liant compostable et extrudées sous haute pression par un tuyau. Le matériau est ainsi transformé en une structure tubulaire droite qui est façonnée à la main en une forme irrégulière puis séchée à l’air pendant plusieurs jours afin de lui conférer sa solidité. Les composants électriques peuvent facilement être retirés du corps, afin de permettre le compostage de celui-ci. Les designers ont également cherché des alternatives écologiques aux éléments d’ordinaire utilisés pour contenir les composants électriques. Ainsi, l’ampoule est tenue par une pièce en céramique et l’isolant en plastique a été remplacé par du textile.

Notre regard
Au-delà de l’inventivité de cette création qui valorise des matériaux considérés comme des déchets, on apprécie que l’ensemble de la lampe soit éco-conçue, que chacune ait une forme différente et des couleurs provenant de la variation des pigments de la matière première utilisée.
Cependant, un tel produit peut être source de questionnements. Est-ce que valoriser les concepts de réemploi de déchets et d’éco-conception dans des objets de design d’édition comme celui-ci (donc peu accessibles économiquement) tendrait à rendre ces démarches écologiques peu connues du grand public ? En d’autres termes, est-ce que ce domaine de niche qu’est le design d’édition pourrait être un frein à la démocratisation d’objets éco-responsables ?
On est d’humeur à débattre ! Qu’en pensez-vous ? RDV sur le post instagram pour donner votre avis en commentaire !

👉https://high-society.it/senilia

Design en barre #3

Manger. Manger est une nécessité mais aussi un plaisir. On mange d’ailleurs parfois plus par gourmandise que parce qu’on a vraiment faim, et pour beaucoup d’entre nous savoir dire stop et écouter son corps est chose difficile.
Manger est aussi culturel. On ne prend pas nos repas de la même façon dans tous les pays du monde, les bonnes manières à table diffèrent selon les cultures ainsi que les couverts utilisés pour manger. Dans ce troisième Design en barre, on décortique deux projets qui réinventent l’acte de manger.

Volumes – Marije Vogelzang

Il n’est pas rare de manger plus que nécessaire, de se servir des portions trop importantes par rapport à notre appétit. De plus, il peut être difficile d’écouter sa faim plutôt que son plaisir. Pour déjouer cette habitude d’excès alimentaire, la designer Marije Vogelzang propose une série d’objets non comestibles à placer dans son assiette, visant à influencer le comportement au moment du repas. Le cerveau se sert de notre vision pour analyser la quantité de nourriture ingérée. Placer un de ces objets aux côtés de la nourriture permet donc de créer une assiette visuellement pleine. Cette impression trompe alors votre cerveau qui croit manger la même quantité que d’habitude alors qu’en réalité vous mangez moins.

Outre cette fonction, introduire un objet comme celui-ci dans sa nourriture induit de composer son assiette avec. Où va-t-on le placer, comment allons nous tourner autour avec notre fourchette pour attraper les aliments : cet intrus focalise l’attention sur l’acte même de manger et nous ramène au moment présent du repas pour une meilleure conscience de ce que l’on ingère et de la sensation de satiété.

La force de ce projet est de rendre tangible le concept d’excès : la forme symbolise la part « en trop ». La simplicité de son usage et son aspect ludique en font également un objet accessible dont on peut se servir facilement au gré de ses besoins.

Deux choses nous interpellent tout de même. La première est d’ordre purement esthétique. Ces formes très organiques et vaguement anatomiques pour certaines ne sont pas très « appétissantes » et pourraient ne pas donner envie de les incorporer à sa nourriture. Evidemment, tout est une question de goût, notre avis est subjectif.
On s’interroge également sur le réel impact que peuvent avoir ces objets. Jouer sur la perception des volumes dans l’assiette pour influencer les comportements alimentaires est pertinent, c’est un sujet étudié par de nombreux experts dans le domaine des neurosciences, de la pychologie ou du marketing, tel que : Jeff Brunstrom (Professor of Experimental Psychology, University of Bristol), Eric Robinson (Dr Psychological Sciences, University of Liverpool ou Pierre Chandon, directeur du Centre multidisciplinaire des sciences comportementales Sorbonne Universités-INSEAD. Mais ça ne fait pas de cette proposition une solution miracle. Il est donc important de voir ce projet pour ce qu’il est : un projet intéressant sur un sujet qui questionne, mais dont l’apport reste plus artistique que scientifique. Son intérêt est avant tout de traiter le sujet de la perception des volumes dans l’assiette à travers un regard créatif.


Goûte – Michel/Fabian

Qui n’a jamais léché son doigt après avoir raclé le saladier de mousse au chocolat ? Lécher ses doigts couverts de chocolat, de confiture ou de sauce en tout genre est un acte qui renvoie à l’enfance, un instant de malice et de plaisir qui, on sera tous d’accord, rend tout aliment bien meilleur que si il avait été mangé avec une cuillère.

C’est cette émotion procurée par le plaisir un peu coupable de porter à sa bouche de la nourriture avec les doigts qu’ont voulu recréer le designer Andreas Fabian et le chef Charles Michel à travers cet objet. Dans sa fonction, il pourrait s’apparenter à une cuillère puisqu’il sert à manger des aliments plus ou moins liquides ou crémeux. Néanmoins, dans l’expérience sensorielle, c’est bien ce plaisir enfantin que l’objet évoque. Allez-y, personne ne vous tapera sur les doigts si vous vous servez de cet ustensile pour finir le pot de pâte à tartiner. 

Derrière la fonction et l’esthétique de cet objet, on y voit un questionnement sur le rôle culturel des couverts et de la vaisselle en général. En effet, dans bon nombre de cultures, manger avec les mains est impoli, c’est culturellement non accepté. Pourtant c’est ce que l’on fait instinctivement, il n’y a que regarder les bébés qui portent machinalement la nourriture à leur bouche. Les couverts instaurent une distance entre notre corps et ce que nous mangeons, ils empêchent le sens du toucher d’entrer en compte lors des repas. Ils sont devenus des extensions de nos mains que l’on apprend à manier et à différencier dès le plus jeune âge. Pourtant quand on y pense, certains aliments comme la glace ou le burger nous donnent du plaisir à les manger notamment pour la proximité physique, pour l’absence d’intermédiaire entre la nourriture et notre corps ! Finalement, « Goûte » est autant un ustensile qu’une fourchette ou une cuillère, mais il propose une nouvelle façon de manger qui rend acceptable l’évocation du plaisir de manger avec les mains.

Pour en savoir plus : http://michelfabian.com/goute

DESIGN EN BARRE #2

Design en barre, c’est une série en cinq épisodes qui présente des projets qui questionnent, qui réinventent et qui façonnent nos rapport à l’alimentation…

Au menu de ce deuxième épisode :

Le « fait maison » est plus que jamais d’actualité : les réseaux sociaux, les publicités et les innombrables émissions de cuisine nous abreuvent de cette tendance. Ce sont notamment les évolutions sociétales et les avancées technologiques qui ouvrent des horizons quant à nos futurs façons de cuisiner. Alors… cuisine simplifiée et connectée ou reconnexion physique aux aliments, on vous propose aujourd’hui un match entre ces perspectives à travers deux projets radicalement différents.

Roots – 2018 – Amalia Shem Tov

Roots est une série d’outils de cuisine : une meule, un mortier-pilon et des pierres de cuisson. L’utilisation de la pierre et les formes brutes appuient le concept donné à ces objets : un retour à une relation physique et directe aux aliments pour les transformer. Grâce à des matériaux plus récents et à un peu de technique, ces outils sont des sortes d’hybrides entre passé et présent.

👁 C’est cette perspective allant à l’encontre de « l’effortless » qu’on trouve intéressante. Même si on s’imagine mal fabriquer notre farine au quotidien, l’idée de se reconnecter à ce qu’on mange en effaçant la frontière technologique qui nous sépare des aliments bruts nous fait réfléchir. Nos plats préférés seraient-ils les mêmes sans les ustensiles de pointe dont nous nous servons tous les jours ? Ces objets manifestes nous rappellent aussi que la préparation et la cuisson des aliments marquèrent un tournant dans l’évolution humaine et qu’aujourd’hui encore cuisiner et manger sont des actes sociaux et culturels.

A Table for Living – 2015 – Ikea et IDEO

Ce projet est le résultat d’une exploration sur les facteurs sociaux et technologiques qui impacteront nos pratiques culinaires en 2025. Notre futur façon de cuisiner pourrait donc se résumer à travers cette table connectée qui simplifie grandement la vie: elle reconnaît les aliments, propose des combinaisons de saveurs, des recettes d’après ce que vous avez dans votre frigo, elle cuit les aliments et recharge même votre portable.

👁 A table for living est un projet qu’on verrait aisément dans un vieux film de science fiction qui imaginerait les années 2000. Tout comme les voitures volantes, le repas qui se fait tout seul (ou presque) ne cesse de hanter nos esprits. Pour autant, même si les technologies nécessaires pour que ce produit existe soient à portée de main, on ne saurait dire si nos cuisines ressembleront toutes à ça d’ici 5 ans. Bien qu’une telle aide puisse permettre à des personnes de sauter le pas du « fait maison », on se demande ce qu’entraînerait une telle dépendance à la technologie. On n’aurait plus besoin de réfléchir, d’imaginer… on ne pourrait plus faire d’erreurs. Mais alors que deviendrait l’excitation dû à l’attente de goûter un mélange hasardeux d’aliments ? Petit à petit, la cuisine deviendrait mécanique. Parce qu’on n’aurait plus besoin de faire travailler notre imaginaire, les aliments pourraient devenir de simples formes aux goûts divers, là où la simple évocation d’une orange nous plonge en ce moment même dans une profonde réflexion sur notre prochain essai culinaire : une tarte sucrée-salée potiron et orange ou bien un gâteau moelleux à l’orange avec un coeur coulant au chocolat… Le plaisir ne réside-t-il pas aussi dans l’avant-goût ?

DESIGN EN BARRE #1

Design en barre, c’est une série en cinq épisodes qui présente des projets qui questionnent, qui réinventent et qui façonnent nos rapport à l’alimentation…

Dans ce premier épisode, on part à la découverte de trois projets qui interrogent les systèmes de production de notre nourriture.

SLOW TOOLS

Slow Tools est un projet initié en 2011 par un groupe d’agriculteurs, d’ingénieurs et de fabricants américains, qui souhaitaient créer des outils à l’échelle appropriée aux petites exploitations, qui soient légers, abordables et disponibles en open-source pour les agriculteurs. Le groupe de travail est incubé par le Stone Barns Center for Food and Agriculture aux Etats-Unis. L’équipe a identifié 34 outils essentiels à réinventer, et la première machine a avoir été développée est un petit tracteur électrique. Aujourd’hui, la plupart des outils sont encore en cours d’élaboration. Les prototypes réalisés et testés par des agriculteurs poussent le groupe à continuer leur travail pour créer des outils agricoles toujours plus ergonomiques, efficaces et qui promeuvent un lien direct à la terre.

👁 Notre regard

L’émergence de petites exploitations agricoles et fermières bouleverse la façon de travailler des agriculteurs et on peut facilement imaginer la pénibilité du travail avec des machines moins automatisées. Ces outils prônent un retour au contact de la terre, mais cela signifie-t-il pour autant qu’une agriculture à petite échelle doit être plus pénible pour l’agriculteur ? Pour le groupe à l’initiative du projet, il est certain que ce type d’agriculture est difficile et demande un travail intense, mais que cette façon de travailler plus respectueuse de la terre et des hommes est nécessaire aujourd’hui pour notre planète.

JELLYFISH BARGE

Jellyfish Barge est une serre agricole flottante, autonome en énergie et capable de purifier par l’énergie solaire l’eau salée ou polluée. Mise au point en 2014 par le studio de design Studio Mobile et un groupe de biologistes, de chercheurs et d’ingénieurs, cette installation se compose d’une base en bois de 70 m2 qui repose sur des flotteurs en plastique recyclé et supporte une serre de culture en verre. Les plantes poussent en hydroponie, grâce à un système qui permet d’économiser jusqu’à 70 % d’eau par rapport aux systèmes hydroponiques traditionnels. Cette barge a été imaginée pour répondre à la problématique de production alimentaire, puisqu’elle permet de cultiver des plantes dans des milieux à faibles ressources naturelles. Présenté à l’exposition universelle de 2015 à Milan, le projet a récemment reçu le prix des prix à la biennale de design de Saint-Etienne en 2019.

👁 Notre regard

Ce projet prometteur, et dont le prototype a démontré la viabilité de son concept, est aujourd’hui en développement, mais on ne trouve pas d’informations sur la possibilité de mise sur le marché du concept ni sur les coûts de construction. Certaines questions restent également en suspens : quelle quantité de nourriture peut être produite par une barge ? Est-ce que la Jellyfish Barge a été testée sur la durée quelque part ? En tout cas, on espère que son succès permettra au projet de se développer et de faire un jour partie du paysage agricole !

EDIBLE GROWTH

Imaginez pouvoir imprimer quand vous le souhaitez un mini potager, composé d’organismes vivants qui en quelques jours se transforment en champignons et en plantes comestibles. C’est ce que propose la designer Chloé Rutzerveld avec ce projet : Un mélange de graines, de spores et de levures directement imprimé à l’intérieur d’une petite serre comestible qui tient dans la paume de votre main. Au bout de trois à cinq jours, les plantes et les champignons sont complètement développés, prêts à être dégustés. L’intensité du goût et de l’odeur augmente à mesure que cet aliment original se développe, un peu comme un fromage gagne en caractère avec le temps ! Après les tests concluant du prototype en 2014, la designer affirmait que le produit aurait besoin d’être développé encore plusieurs années avant qu’il soit envisageable de le lancer sur le marché. C’est avant tout un projet de recherche, qui nourrit les études de chercheurs, d’ingénieurs et de designers sur la possibilité d’utiliser l’impression 3D comme système de production alimentaire.

👁 Notre regard

Bien que le projet mette en avant l’aspect nutritionnel et sain, on regrette l’absence d’analyse nutritionnelle du contenu d’une impression 3D, et le manque de détails sur les espèces de champignons et de plantes cultivées.

Un des aspects intéressant de ce produit est la dimension ludique : le consommateur devient un agriculteur, il crée sa propre nourriture, peut décider de l’intensité de son goût, et il la voit pousser jour après jour. Mais la proportion entre la quantité de matière première nécessaire et la quantité de nourriture finale est-elle rentable ? Quel serait la place d’une telle technologie au sein de notre quotidien ? Il faudra encore quelques années avant que de telles technologies se fassent une place dans nos habitudes alimentaires.