Résilience alimentaire

La crise que nous connaissons actuellement nous pousse à nous poser des questions sur le fonctionnement de nos systèmes alimentaires, approvisionnement et donc de sa résilience.
Sa rési-quoi?! La résilience d’un système alimentaire se définit comme sa capacité à garantir la sécurité alimentaire au cours du temps et ceux malgré des perturbations variées et non prévues.
La sécurité alimentaire signifie que tous êtres humains ont, à tout moment, un accès physique et économique à une nourriture suffisante, saine et nutritive leur permettant de satisfaire leurs besoins énergétiques et leurs préférences alimentaires pour mener une vie saine et active.

D’après le rapport du Grenier de l’abondance, les systèmes actuels seraient peu résilient car « peu diversifié, dépendant de ressources qui s’épuisent, construit pour la maximisation à court terme de la production.

Il existe plusieurs pistes et leviers pour augmenter cette résilience, on vous en a sélectionné 3 :

  • Augmenter la population agricole, beaucoup d’agriculteurs vont partir à la retraite dans les années à venir et la transition vers des système plus résilient nécessite des fermes plus nombreuses et plus de main-d’oeuvre
  • Diversifier les variétés cultivées et développer l’autonomie en semences
  • Simplifier et raccourcir la logistique d’achat alimentaire

Il est encore tôt et précoce pour titrer des leçons et conclusion mais les conséquences de cette crise permettront peut être de réfléchir à de nouvelles façons d’organiser nos systèmes alimentaires?

Ecologie et coronavirus : quels rapports?

Décryptage de 3 opinions d’experts sur le sujet :

En intensifiant la production animale et le nombre d’animaux d’élevage, on a fortement augmenté les surfaces agricoles qui ont pour conséquence la diminution du territoire de la faune sauvage et une proximité entre animaux domestiques et faune sauvage qui est une condition d’émergence des maladies infectieuses.

Pour cela, on peut donner l’exemple du virus Nipah qui est apparue en Malaisie au début des année 1990. Le territoire des chauve-souris ont été convertis en cultures de palmiers à huile. Les chauves-souris ayant trouvé refuges dans les fermes semi-industrielles d’élevage de cochons, elles transmis l’agent à l’origine de l’épidémie en déféquant sur les cochons.

Source: le magazine Le 1 n°288 « Ce virus qui change le monde »

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L’énergie abondante et disponible depuis deux siècles a façonné un monde : mondialisé, urbain, et de grandes organisation. Un monde dans lequel une tel épidémie peut se propager très rapidement, et si on cherche à empêcher cette propagation, cela déstabilise instantanément l’organisation des villes et des flux d’échanges.

Voir la vidéo interview complète: https://bit.ly/2xp0Alu

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L’astrophysicien s’interroge sur notre différence de réaction face à la crise du coronavirus et la crise climatique. Dans le cas du cas du coronavirus, on accepte d’être confinés et donc une restriction des libertés individuelles (ex: se déplacer), pour prévenir un problème de santé publique majeur.

Dans le cas de la crise climatique, on refuse cette restriction de libertés alors que les problèmes publiques engendrés par la crise climatique sont potentiellement bien plus grave que pour le coronavirus. A titre d’exemple, il y a plus de 800 milles personnes qui meurent de la pollution atmosphérique chaque année en Europe.

Voir sa prise de parole ici : https://m.youtube.com/watch?v=mr9IEab49eY

JM. Jancovici souligne trois différences majeures en faveur de la réponse donnée à la crise du coronavirus:

  • L’échelle de temps : Dans le cas de la crise du coronavirus, les dommages sont immédiats et conséquences des sanctions prises par le gouvernement auront lieu dans le mandat politique
  • Visibilité des conséquences : le danger est clairement identifié, il porte un nom et on connait parfaitement les risques.
  • La réponse à donner ne souffre pas de débats (contrairement à la question climatique pour laquelle il y encore peu de consensus). On a une idée très claire des contre-mesures, elles sont donc faciles à mettre en place.

Une idée de recette simplissime : Soupe aux lentilles corail et lait de coco

Bonjour à tous,

Nous espérons que vous vous portez bien en cette période compliquée.

Pour s’occuper intelligemment, on vous propose des idées, des infos, des astuces pour continuer de mettre du savoir dans vos assiettes.

Aujourd’hui nous vous proposons une recette simplissime avec seulement quelques ingrédients (des #musthave à avoir dans ses placards) … j’ai nommé la soupe aux lentilles corail et au lait de coco !

Bon appétit !

Evolution des modes de production

Quels sont les différents modes de production ? Pourquoi et comment les pratiques agricoles doivent-elles gagner en durabilité ?

Réponse en image avec cette série d’affiches qui présente l’évolution de trois modèles agricoles : l’agriculture intensive, l’agriculture biologique (à venir) et l’agroécologie (à venir).

  • Agriculture intensive

Pour télécharger cette affiche en haute qualité, cliquez ICI.

Design en barre #5

Pour ce dernier épisode de notre série design en barre (#tristesse), on embarque vers le futur de l’alimentation ! On déchausse nos lunettes de critiques, ce mois-ci on dit « mais oui ! pourquoi pas ? » à deux projets innovants qui vous feront oublier tout ce que vous savez sur… les pâtes et les saucisses ! On vous fait redécouvrir ces deux symboles de notre alimentation, travaillés non plus comme de simples aliments mais comme des objets : utilité, esthétique, durée de vie, mode de production, tous ces paramètres sont pris en compte !

The sausage of the future – Carolien Niebling – 2017

Pour la designer hollandaise, la saucisse est un des premiers aliments a avoir été « designé » : sa composition et sa structure sont pensées (contrairement à un steak). Présente dans de nombreuses cultures culinaires sous des formes et des textures différentes, elle a comme avantages d’utiliser les bas morceaux de viande et de pouvoir se garder longtemps (on pense à la saucisse sèche par exemple). Historiquement, elle a donc été l’aliment parfait des longs voyages.

En revisitant cet archétype de la nourriture qu’est la saucisse, Carolien Niebling veut proposer une solution à la nécessité de réduire notre consommation de viande. Elle prône une transition alimentaire douce, créative et gustative. Après trois ans passés à travailler avec un maître boucher et un chef spécialisé en gastronomie moléculaire sur ces saucisses du futur, une vingtaine de modèles de nouvelles saucisses sont nés. Leurs recettes sont regroupées dans un livre dont l’esthétique pop met en scène ces aliments comme des objets.

La composition de chaque saucisse est étudiée pour offrir une texture et une saveur appétissante ainsi que des ingrédients choisis pour leurs intérêts nutritionnels et écologiques. Voici un petit aperçu de la composition d’une tranche de la mortadelle du futur : viande de porc, brocoli, carotte, gras de porc, eau, pistaches. En mixant les ingrédients originaux présents dans la mortadelle avec des légumes, cette nouvelle version contient 20% de moins de viande que la recette classique. Parmi tous les modèles de saucisses que la designer a mis au point, on retrouve aussi un fake-salami 100% végétarien (mûres, myrtilles et framboises fraiches, fruits séchés, farine de noisette et d’amande) ou encore un pâté à base d’insectes (jus de carotte, farine de noix de pécan, farine de vers de farine, câpres, piment, épices). Ce panel de nouvelles saucisses explore donc diverses sources de protéines (animaux dont insectes, oléagineux, légumineuses) et donne une place plus importante aux fruits et légumes. 

Ce qui est intéressant dans l’approche de la designer est la volonté de ne pas s’éloigner des codes esthétiques et culturels des recettes de saucisses qui l’ont inspiré. Elle aurait pu au contraire s’en démarquer et proposer une version de cet aliment qui ne ressemble plus du tout à ce qu’on connait, jouer la carte du futurisme. Mais ne pas les avoir dénaturé est la force de sa proposition car l’aliment reste identifiable et participe alors à instaurer une meilleure acceptation du projet par le public. En effet, d’un point de vue culturel, l’adoption d’une alimentation durable est plus facile si les nouvelles habitudes alimentaires ne s’éloignent pas trop de celles actuelles.

Depuis la publication de son travail, plusieurs bouchers dans le monde se sont emparés de ces saucisses du futur et les proposent à la vente. De son côté, Carolien Niebling a remporté plusieurs prix dont le Grand Prix Design Parade de Hyères en 2017.

Transformative Appetite – MIT Tangible Media Group (2017)

Des pâtes qui changent de forme une fois plongées dans l’eau ? C’est le projet développé par des chercheurs du Massachusetts Institute of Technology (MIT). Alors qu’on pensait que la « pasta » ne pouvait plus être réinventée, voilà qu’on nous propose de la faire passer de la 2D à la 3D en un coup d’eau. L’intérêt majeur de ce projet ? Le packaging. Imaginez un paquet classique de macaronis. La forme en trois dimensions de l’aliment fait perdre de l’espace de stockage (pour ce style de pâte, environ 67% du volume d’un paquet est en fait de l’air, selon les calculs des chercheurs). Alors que si le même aliment était plat, on pourrait en mettre une plus grande quantité dans un même paquet. Ainsi, le volume de matériau nécessaire au packaging est réduit, tout comme les coûts d’expédition.

Seulement, bien que la pertinence de la proposition du « flat-packaging » soit réelle d’un point de vue écologique et économique, ce serait tout de même assez triste de ne manger que de la nourriture plate. Les tagliatelles c’est sympa, mais les fusillis aussi !

C’est là que la démarche de design intervient. Comment concilier cette possibilité de réduire les emballages avec le plaisir de manger des aliments aux formes variées ? Les chercheurs du MIT ont travaillé directement sur la composition alimentaire pour élaborer ce nouveau produit. C’est grâce à un mélange de gélatine (aucune précision si il s’agit de gélatine végétale ou animale) et d’amidon que la transformation de la deux à la troisième dimension est possible, car la gélatine se dilate naturellement lorsqu’elle entre en contact avec l’eau. Les formes que peut prendre cet aliment une fois trempé dans l’eau ne sont pas laissées au hasard. Elles ont été élaborées grâce à des logiciels de modélisation 3D, des tests de résistance, d’élasticité, etc. Pour créer différents modèles de pâtes, la forme à plat et la densité sont travaillées puis des bandes de cellulose comestibles sont ajoutées afin de contraindre la matière. On peut ainsi constater une vingtaine de déclinaisons de formes créées par ce procédé, mais les possibilités sont bien plus nombreuses !

Après avoir été conçu dans un laboratoire de recherche, direction les cuisines où un chef a imaginé les possibilités culinaires de cet aliment en l’intégrant dans des recettes. Comme les pâtes que nous connaissons tous, c’est un aliment au goût plutôt neutre qui se marrie avec des saveurs variées : poulpe, champignon, tomate, céleri sont quelques aliments qu’on retrouve dans les plats créés spécialement par le chef. 

On espère simplement que cette prouesse ne se fait pas au détriment des qualités nutritionnelles et gustatives du produit. Ce procédé est innovant et offre de nouveaux horizons pour l’industrie agroalimentaire et la créativité culinaire, mais au vu de la complexification d’un aliment à la base si simple (composé de farine et d’eau ), on est curieux de voir si cette technologie a un réel avenir !

Journée internationale contre l’obésité

En ce mercredi 4 mars, c’est la journée internationale contre l’obésité. 🌍

L’obésité, c’est quoi ?
L’obésité est une pathologie chronique reconnue par l’OMS, qui se caractérise par  »une accumulation anormale ou excessive de graisse, qui présente un risque pour la santé ».

📈 Une propagation croissante dans le monde
Depuis 1975, l’obésité a presque triplé dans le monde. La plupart des régions du monde sont concernées. L’obésité est responsable de près de 4 000 000 de décès par an.

🔗 Des causes variées
L’obésité est une pathologie multifactorielle. Ses causes peuvent être héréditaires, biologiques ou bien psychologiques.

Malheureusement, l’obésité est aussi souvent réduite à la nécessité de « manger moins et de bouger plus ». Selon l’association de la Ligue contre l’obésité pourtant, « la quantité d’aliments ingérés et la dépense énergétique d’une personne ne constituent pas les seuls prédicateurs du gras corporel. »

En effet, le phénomène semble en effet être plus complexe. Même si l’on se tient à un régime et à de l’exercice physique régulier, la perte de poids est souvent difficile à atteindre et les kilos reviennent souvent lorsque ces actions réduisent.

👥 Entre stigmatisation et culpabilité
Cette méconnaissance de la complexité de l’obésité peut renforcer la culpabilité des personnes concernées. «Parce que, comme le souligne le Huffington Post, « en dehors de toute considération individuelle, la prise de poids est socialement déconsidérée. Et là, nous sommes dans la grossophobie ordinaire. »

Le regard porté sur l’obésité doit donc changer. Sa prévention et sa prise en charge doivent quant à elles être renforcées.

Hors d’œuvre #3

Claes Oldenburg, Floor Cake, 1962
Toile remplie de mousse et de boîtes en carton, peinture polymère synthétique et latex,148,2×290,2×148,2 cm, New-York, MOMA.

Hors d’œuvre c’est notre rubrique qui analyse comment l’art représente les pratiques alimentaires à travers le temps et les cultures. Chaque mois mois on décortique une oeuvre dont le sujet fait écho à un enjeu de l’alimentation durable ou à nos pratiques alimentaires contemporaines.

FLOOR CAKE – CLAES OLDENBURG

Molle, dégoulinante, surmontée d’un semblant d’effort de décoration, cette représentation d’un gâteau écoeure. Après les photos de Martin Parr qui montrent la nourriture sans artifices ni mises en scènes, voici la nourriture populaire telle que la montre Claes Oldenburg. Il veut exhiber la banalité du quotidien même si elle n’est pas appétissante : «Je suis pour un art dont la forme vienne de la vie elle-même. Un art fait de vrilles, de bifurcations et de superpositions, un art qui crache, qui dégouline, qui est aussi balourd, grossier, brutal, doux et bête que la vie elle-même.»

Claes Oldenburg est né en 1929 à Stockholm mais a grandi aux Etats-Unis où il vit toujours aujourd’hui. Cette sculpture représentant une part de gâteau a été créée par l’artiste en 1962 pour une exposition à la Green Gallery à New York.

Contexte : les 1960’s
Les années 1960 sont marquées aux Etats-Unis par l’essor de la société de consommation dont vont grandement s’inspirer les artistes du Pop Art, mouvement qui émerge à ce moment et auquel appartient Oldenburg. Dans son travail, l’artiste dépeint cette société en détournant des objets banals issus de la culture populaire. Il représente des objets du quotidien auxquels nous sommes tellement habitués que nous ne les regardons plus : interrupteur, toilette, ventilateur, téléphone. Au-delà d’objets domestiques, un sujet récurrent dans son travail est la nourriture: gâteau, glace, frites, burger… il reproduit des archétypes de la nourriture américaine populaire. Il a d’ailleurs créé un burger et une glace ayant les mêmes codes esthétiques que Floor Cake (Floor Burger et Floor Cone).

👁Décryptage
1,48m x 2,9m x 1,48m. C’est la taille de cette part de gâteau faite de toile, de mousse, de carton, de latex et de peinture. L’artiste joue sur le changement d’échelle et d’aspect pour détourner cette nourriture en symbole populaire.

Le gigantisme de la sculpture évoque l’abondance de nourriture liée à la consommation de masse. C’est une thématique récurrente dans le milieu artistique de l’époque. Elle résonne par exemple aussi dans l’oeuvre de Duane Hanson, Supermarket Lady (1969). Stéréotype de la femme au foyer, pouvoir de la publicité et du marketing sur le consommateur, surconsommation, tous les sujets sont rassemblés dans cette sculpture réaliste grandeur nature.

En plus de la taille démesurée de Floor Cake, la texture molle ridiculise la représentation du gâteau et apporte une touche d’humour visant à tourner en dérision la surconsommation, notamment dictée par le règne du marketing qui pousse toujours plus à l’achat. Posée à même le sol pour engager de la proximité avec les spectateurs, la sculpture semble être sur le point de se dégonfler et s’étaler à leurs pieds pour les engloutir… et on pourrait voir là une métaphore de la société de consommation absorbant l’individualité. 

L’aspect peu appétissant et grossier de l’oeuvre va jusqu’à dénaturer la nourriture représentée et lui faire perdre tout son sens (un peu comme lorsqu’on répète tellement de fois un même mot qu’il finit par ne plus vouloir rien dire). C’est la force des oeuvres d’Oldenburd, elles imposent une place à la banalité tout en la dénaturant. On peut  alors voir ce qu’on veut dans cette oeuvre. C’est ce qui est immuable dans l’art et qui permet à la fois de s’échapper du quotidien et de faire face à son individualité : chacun se l’approprie à sa façon.