Design en barre #3

Manger. Manger est une nécessité mais aussi un plaisir. On mange d’ailleurs parfois plus par gourmandise que parce qu’on a vraiment faim, et pour beaucoup d’entre nous savoir dire stop et écouter son corps est chose difficile.
Manger est aussi culturel. On ne prend pas nos repas de la même façon dans tous les pays du monde, les bonnes manières à table diffèrent selon les cultures ainsi que les couverts utilisés pour manger. Dans ce troisième Design en barre, on décortique deux projets qui réinventent l’acte de manger.

Volumes – Marije Vogelzang

Il n’est pas rare de manger plus que nécessaire, de se servir des portions trop importantes par rapport à notre appétit. De plus, il peut être difficile d’écouter sa faim plutôt que son plaisir. Pour déjouer cette habitude d’excès alimentaire, la designer Marije Vogelzang propose une série d’objets non comestibles à placer dans son assiette, visant à influencer le comportement au moment du repas. Le cerveau se sert de notre vision pour analyser la quantité de nourriture ingérée. Placer un de ces objets aux côtés de la nourriture permet donc de créer une assiette visuellement pleine. Cette impression trompe alors votre cerveau qui croit manger la même quantité que d’habitude alors qu’en réalité vous mangez moins.

Outre cette fonction, introduire un objet comme celui-ci dans sa nourriture induit de composer son assiette avec. Où va-t-on le placer, comment allons nous tourner autour avec notre fourchette pour attraper les aliments : cet intrus focalise l’attention sur l’acte même de manger et nous ramène au moment présent du repas pour une meilleure conscience de ce que l’on ingère et de la sensation de satiété.

La force de ce projet est de rendre tangible le concept d’excès : la forme symbolise la part « en trop ». La simplicité de son usage et son aspect ludique en font également un objet accessible dont on peut se servir facilement au gré de ses besoins.

Deux choses nous interpellent tout de même. La première est d’ordre purement esthétique. Ces formes très organiques et vaguement anatomiques pour certaines ne sont pas très « appétissantes » et pourraient ne pas donner envie de les incorporer à sa nourriture. Evidemment, tout est une question de goût, notre avis est subjectif.
On s’interroge également sur le réel impact que peuvent avoir ces objets. Jouer sur la perception des volumes dans l’assiette pour influencer les comportements alimentaires est pertinent, c’est un sujet étudié par de nombreux experts dans le domaine des neurosciences, de la pychologie ou du marketing, tel que : Jeff Brunstrom (Professor of Experimental Psychology, University of Bristol), Eric Robinson (Dr Psychological Sciences, University of Liverpool ou Pierre Chandon, directeur du Centre multidisciplinaire des sciences comportementales Sorbonne Universités-INSEAD. Mais ça ne fait pas de cette proposition une solution miracle. Il est donc important de voir ce projet pour ce qu’il est : un projet intéressant sur un sujet qui questionne, mais dont l’apport reste plus artistique que scientifique. Son intérêt est avant tout de traiter le sujet de la perception des volumes dans l’assiette à travers un regard créatif.


Goûte – Michel/Fabian

Qui n’a jamais léché son doigt après avoir raclé le saladier de mousse au chocolat ? Lécher ses doigts couverts de chocolat, de confiture ou de sauce en tout genre est un acte qui renvoie à l’enfance, un instant de malice et de plaisir qui, on sera tous d’accord, rend tout aliment bien meilleur que si il avait été mangé avec une cuillère.

C’est cette émotion procurée par le plaisir un peu coupable de porter à sa bouche de la nourriture avec les doigts qu’ont voulu recréer le designer Andreas Fabian et le chef Charles Michel à travers cet objet. Dans sa fonction, il pourrait s’apparenter à une cuillère puisqu’il sert à manger des aliments plus ou moins liquides ou crémeux. Néanmoins, dans l’expérience sensorielle, c’est bien ce plaisir enfantin que l’objet évoque. Allez-y, personne ne vous tapera sur les doigts si vous vous servez de cet ustensile pour finir le pot de pâte à tartiner. 

Derrière la fonction et l’esthétique de cet objet, on y voit un questionnement sur le rôle culturel des couverts et de la vaisselle en général. En effet, dans bon nombre de cultures, manger avec les mains est impoli, c’est culturellement non accepté. Pourtant c’est ce que l’on fait instinctivement, il n’y a que regarder les bébés qui portent machinalement la nourriture à leur bouche. Les couverts instaurent une distance entre notre corps et ce que nous mangeons, ils empêchent le sens du toucher d’entrer en compte lors des repas. Ils sont devenus des extensions de nos mains que l’on apprend à manier et à différencier dès le plus jeune âge. Pourtant quand on y pense, certains aliments comme la glace ou le burger nous donnent du plaisir à les manger notamment pour la proximité physique, pour l’absence d’intermédiaire entre la nourriture et notre corps ! Finalement, « Goûte » est autant un ustensile qu’une fourchette ou une cuillère, mais il propose une nouvelle façon de manger qui rend acceptable l’évocation du plaisir de manger avec les mains.

Pour en savoir plus : http://michelfabian.com/goute

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