Les circuits courts, un levier pour une alimentation durable ?

Le 12 février dernier s’est tenue une conférence sur le thème « choix alimentaires et alimentation durable- nos choix alimentaires peuvent-ils être bons pour l’environnement ? », dans le cadre des séminaires « Médias et Médiations de la Gastronomie » proposé par le Centre d’histoire culturelle des sociétés contemporaines – Université Paris-Saclay.

Parmi les intervenants, Yuna Chiffoleau, ingénieure agronome et sociologue, directrice de recherche à l’INRA qui mène des recherches sur la question des circuits courts.

Vous n’y étiez pas ? Pas de problème, on vous fait un résumé des grands enjeux actuels des circuits courts alimentaires.

source image : Etikable

Mais qu’est ce qu’un circuit court alimentaire ? Que sait-on véritablement sur ces derniers ? Quels sont les grands enjeux actuels ?  Quels sont les indicateurs associés à ces derniers en matière de durabilité ? Pourquoi et dans quelles conditions peuvent-ils être un levier pour une alimentation durable ? Yuna Chiffoleau nous éclaire sur ce sujet.

Un circuit-court : késako ?

Aujourd’hui, les consommateurs français sont de plus en plus attentifs à l’origine, à la qualité, à la fraicheur et au goût des aliments qu’ils consomment. Une partie d’entres eux se tournent alors vers les circuits courts alimentaires afin de s’assurer de la qualité et des modes de production de leurs achats.

circuit producteur

Le circuit court est défini comme « un mode de commercialisation des produits agricoles qui s’exerce soit par la vente directe du producteur au consommateur soit par la ventre indirecte à condition qu’il n’y ait qu’un seul intermédiaire entre l’exploitant et le consommateur » [1]. Cette définition ne prend pas en compte la distance mais, dans les faits, la majorité des circuits courts ont une dimension locale.

 

De nouveaux concepts émergent s’opposant aux systèmes de supermarchés classiques. C’est le cas des enseignes alimentaires «  Frais d’ici » [2] portées par des coopérations agricoles qui promeut notamment la proximité et le partage entre producteur et consommateur ou encore «  la Ruche qui dit oui ! » [3] permettant de mettre en lien consommateurs et producteurs.

Yuna Chiffoleau, montre qu’aujourd’hui les circuits courts alimentaires sont encore controversés mais qu’il est intéressant de les comprendre pour se rendre compte qu’une mutation des systèmes alimentaires semble avoir lieu. Ainsi, elle analyse les effets de ces circuits courts sur les différentes dimensions de la durabilité que sont l’environnement, l’économie et le social.

Circuits courts et enjeux environnementaux

Plusieurs indicateurs permettent de s’interroger sur les effets des circuits courts alimentaires et leur impact sur l’environnement. Le principal indicateur environnemental des circuits courts alimentaires est le coût carbone. Selon Yuna Chiffoleau, les outils d’analyse de cycle de vie (outils d’analyse multicritères des impacts environnementaux) ne permettraient pas de prendre en compte toutes les dimensions des circuits courts alimentaires dans leur estimation, leur attribuant parfois un impact environnemental plus important.

En effet, les petits trajets réalisés par les producteurs pour se rendre au point de ventes sont parfois effectués peu remplis ou presque à vide. L’optimisation du véhicule et des circuits de livraison est alors fortement recommandée. Les distances parcourues par les produits issus de circuits courts sont en général inférieures à 150 km mais le transport routier utilisé (camions, camionnette, voiture) peut parfois générer plus de gaz à effet de serre que les mêmes produits issus de circuits longs ramenés au kilogramme de produit transporté.

Cependant, Yuna Chiffoleau nous interroge sur la pertinence de cet indicateur : par exemple un producteur peut se rendre sur le marché pour vendre ses produits directement au consommateur ou alors les livrer à un magasin de proximité mais il peut également en profiter pour rester en ville faire ses propres courses. Il n’effectuera donc pas ce trajet par la suite. Elle insiste sur la nécessité d’avoir un nouvel indicateur qui ne prendrait pas uniquement en compte l’émission de gaz à effet de serre des produis ramenés au kilogramme de produit transporté.

pleinchamp.fr

source image : pleinchamp.com

Elle met en avant d’autres facteurs environnementaux que ces circuits courts font émerger : le maintien de la biodiversité cultivée, la préservation des paysages, l’écologisation et la diversification des pratiques agricoles.

 Elle conclut sur le fait que des indicateurs, tels que la diminution des emballages et la notion de produits frais souvent mis en avant par ces circuits, nécessitent davantage de données scientifiques quantifiées pour être pris en compte.

Circuits courts et enjeux sociaux, cognitifs et économiques

Les circuits courts favoriseraient le renouvellement du lien producteur-consommateur qui est une des premières motivations des deux parties à tenter l’expérience des circuits courts alimentaires.

Les revenus des producteurs en circuit court alimentaire sont variables et de nombreux facteurs influencent ces derniers au premier rang desquels la performance et l’ancienneté de l’exploitation. En effet, les exploitations plus anciennes engagées en circuits courts semblent avoir des revenus plus importants que celles engagées depuis moins de 5 ans.

De plus, elle nous questionne également sur les prix des produits vendus en circuits courts : « une alimentation durable, oui mais pour qui ? ». Les produits issus des circuits courts seraient jugés « meilleurs » d’un point de vue environnemental et nutritionnel, mais trop chers pour un certain nombre de consommateur. Elle appelle à une meilleure information sur les prix des produits en circuits courts qui peuvent se révéler selon elle moins chers que ceux achetés en supermarché.

Yuna Chiffoleau conclut sur la nécessité de nouveaux indicateurs, de nouvelles approches pour appréhender les effets des circuits courts sur toutes les dimensions de la durabilité. Elle mentionne un nouveau défi aujourd’hui qui est celui de connaitre la contribution des circuits courts alimentaires sur la santé.

Sources citées dans l’article  :

[1]. INRA.Les circuits courts rapprochent les producteurs des consommateurs.[en ligne]. Philippe Fontaine,2016 [Consulté le 20 février 2019].Disponible sur  : http://www.inra.fr/Grand-public/Economie-et-societe/Tous-les-dossiers/Circuits-courts-du-producteur-au-consommateur

[2]. Frais d’ici.[Consulté le 20 février 2019].Disponible sur : http://www.fraisdici.fr/

[3]. La ruche qui dit oui.[Consulté le 20 février 2019].Disponible sur : https://laruchequiditoui.fr/fr

Pour aller plus loin :

Yuna Chiffoleau, Les circuits courts alimentaires. Entre marché et innovation sociale. Erès ,2019, 174 p.http://www.inra.fr/Grand-public/Economie-et-societe/Toutes-les-actualites/Les-circuits-courts-alimentaires

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